mardi 3 juillet 2018

#153 - Une bribe de Barbara

Cela surprend. Les voix qu'on a l'impression de connaitre depuis toujours nous attrapent parfois d'un coup un peu brusque de crochet, de poing, de froid, de chaud. 
De grâce. 

"Et sans prévenir, ça arrive", "de grands oiseaux de neige" "bleu et gris ombre de silence" "c'est parce qu'à la nuit", "j'ai marché les tempes brûlantes". 
"C'est parce que je sais qu'il faut un presque rien", que "je guette tout le jour" "La joie de vivre, la joie de vivre". 

"D'autres furent moins heureux je crois"

L'autre jour c'était Barbara. 

"D'autres furent moins heureux je crois". *







*Extraits de "Le Mal de vivre", "Le Sommeil", "Mon enfance", "Parce que je t'aime"

Légendes #21 - Une bribe de toiture à redans.



On raconte qu'elle laisse toujours un Fragment d'elle-même se poser sur la toiture à redans. Que celui-ci vole parfois alentour, jusqu'à la cime d'un lampadaire, d'un arbre, d'une maison, un balcon de l'immeuble. Puis invariablement, le Fragment, la part congrue et saugrenue, revient au shed. Il parait qu'il se perche et observe la rue, sous le plein soleil qui appuie sur ses poumons comme dans la brouillard qui les envahit comme une poudre de charbon. Peu importent les rayons aiguisés, le fog suffocant, la pluie espiègle. Les épithètes l'indiffèrent, dit-on : le temps le contourne. Le Fragment toujours en veille est charpenté d'obscurité. 

mercredi 2 mai 2018

#152 - Une bribe de cuisson

Le jeune homme en costume m'escorte jusqu'en haut des gradins, dans la salle déjà noire. On a parlé parlé avec Lion, et il était difficile de s'arracher à la conversation.
Au milieu de la chanson, je m'installe en silence. La scène est incandescente. Et je me laisse saisir à feu doux, à feu vif.
Cuite à coeur, je repars, dans la nuit toute fraîche.

#151 - Une bribe de voix connue

Liste de lecture composée par un inconnu proposée par l'algorithme d'un site de diffusion de musique, lancée à la faveur de quelques pochettes de disques alléchantes. Un subtil mélange de titres connus et aimés, et de découvertes. 
Mais avec la musique on n'est jamais à l'abri. 

Alors soudain, une chanson qui faisait partie de la playlist envoyée par G. il y a une éternité, qui vient titiller les questions actuelles. 

Alors soudain, une voix familière, celle d'un chanteur aux effets de voix un peu excessifs dont j'écoutais une chanson en boucle, ado. Immédiatement, le forum où je passais tous les jours, les échanges avec C., M., et d'autres. Une rencontre dans un festival, après le bac. Et la coupure très brutale qui a suivi, quelques mois après. 

Alors soudain, un orchestre klezmer entendu lors de mon premier festival de Gent, alors que j'avais lâché les copains une heure ou deux, pour respirer et danser, et oublier que j'avais des fringues trempées. Et puis on s'était retrouvé, joyeusement, à manger des frites assis par terre. 

Alors soudain, ce morceau tiré de la bande originale d'un film d'animation vu avec les très chères du lycée et dont nous avions donné le nom à nos attaques coordonnées de chaussettes rayées multicolores. 

Alors soudain, une chanson de cette artiste qui me parle toujours de si près.

Il y aura au moins une trentaine d' "Alors soudain".
Avec la musique on n'est jamais à l'abri.
Ou alors c'est moi qui, bêtement, ne suis jamais à l'abri. 

mercredi 4 avril 2018

#150 - Une bribe de pluie d'artifice

Route du matin, dans le gris éclairé d'avant l'orage, celui qui me retourne l'épigastre. L'impression de vacances en pleine semaine, les cousins et nos chaises au bord du cours Emile Zola, les vapeurs de rhum au bord des lèvres et le rythme des mots de Sandilla sur le goudron, ceux d'Antigone frappés en 6 mm dans les tympans. La vie pousse sous la peau. Elle se déplie après les jours à se recroqueviller les doigts de pieds et le plexus.  
Alors les gouttes s'écrasent sur le pare-brise dans un rire rauque de pop-corn. Elles explosent en traînées qui remontent vers le toit. Monde à l'envers qui crépite comme un feu d'artifice de poche, en écho au rire franc du dedans.

samedi 24 mars 2018

#149 - Une bribe de vers

"Vous ferez attention, il y a des vers."

Dit le serveur en posant les amuses-gueules 
[le mot "amuse-gueule" me fait toujours penser au "brûle-gueule" qui agace l'albatros, allez savoir pourquoi]


Je disais donc. 
"Vous ferez attention, il y a des vers."
Dit le serveur. 

J'imagine des mots de Baudelaire ou de Senghor, de Salah Stétié ou de Maram Al-Masri, guettant des doigts à dévorer, des veines à envahir, dans le fond du ramequin, entre les crackers et les petits bretzels. Des choses qui retournent le ventre et le cerveau, qui creusent des questions sans fin. 

Et puis, non. Il y a juste ver-s croquants à se mettre sous la dent. Beaucoup moins bouleversant. 

vendredi 23 mars 2018

#148 - Une bribe de pas de danse

Il a fait beau toute la journée. En arrivant dans le salon aux larges vitres, on voit le ciel bleu nuit-pas-encore-tout-à-fait-tombée, avec un liseré d'horizon clair et les dizaines de fenêtres éclairées dans l'immeuble d'en face. Depuis le casque, la musique pousse ma joie sur le parquet, un pas qui glisse, un autre. Un déhanché, un bras tenu mais ondulant. Pas de danses comme il y en a souvent, sans objet et sans témoin.
Un peu avant, l'accordéon dans les bras. Un peu après, une nouvelle passe de lindy qui fait "soosh".
Cliché peut-être mais il y a quelque chose de dansant à 'approche du printemps.