"Tu sais Félixe, j'ai ramené des poèmes chez moi, j'ai mis les papiers dans mes plantes et j'ai envoyé la photo à mes nièces. Elles étaient ravies !" me dit P. dans l'odeur du café.
*
"C'est VOUS Madame, les poèmes affichés partout ?!"
*
"J'ai récupéré CetteClasseLà, et je leur ai lu des poèmes. Ils m'ont dit que CollègueIntimidant leur en avait déjà distribué une liasse !"
*
Alors qu'on est chacun sur le seuil d'une porte, O. m'arrête:
"Merci pour tes poèmes, Félixe, j'en ai ramené chez moi, c'est super. Même dans le couloir, les escaliers, je me suis arrêté pour les lire, et j'ai fini par me cogner dans les gens, mais bon... vraiment, c'est bien !"
*
Ne soyons pas complètement mièvres, la poésie ne changera pas le monde.
Je suis tout de même ravie qu'elle aide à rencontrer les gens, même si c'est parfois en se cognant.
Ravie qu'elle continue sans cesse à changer le mien.
mardi 29 mars 2016
lundi 28 mars 2016
#63 - Une bribe de pas gentille
Apprendre à se carapacer,
se carapater
en riant au soleil
Ne plus vouloir être gentille trop
Ou pas n'importe comment
Ou sans se sacrifier
Ou plutôt : sentir que la gentillesse vaut bien plus que cette acceptation indistincte
Ne rien brader, en donnant tout,
à n'importe quel prix
Enfin, sentir ce chemin là défriché
En riant au soleil
*
(L'avaient bien dit, Célar, Clo, Sandilla, Clé, T&A... - l'avaient bien dit et maintenant, ça se sait. Merci)
se carapater
en riant au soleil
Ne plus vouloir être gentille trop
Ou pas n'importe comment
Ou sans se sacrifier
Ou plutôt : sentir que la gentillesse vaut bien plus que cette acceptation indistincte
Ne rien brader, en donnant tout,
à n'importe quel prix
Enfin, sentir ce chemin là défriché
En riant au soleil
*
(L'avaient bien dit, Célar, Clo, Sandilla, Clé, T&A... - l'avaient bien dit et maintenant, ça se sait. Merci)
#62 - Une bribe de jeux démultipliés
Des cadeaux glanés dans les boutiques qui débordent de "oh, et ça, t'as vu ça?!", des carnets décorés, une table de petit-déjeuner avec du lemon curd, de la gelée de tomates vertes, un pot de nocciolata et du salidou en même temps, des retrouvailles dans la rue d'Or, un roman qu'on se lit tour à tour -oh si parfait (pour nous, aujourd'hui), des "cataplasmes de poésie"*, des discussions qui disent les déceptions, des collages à offrir, quatre tablettes de chocolat, "travesti de vos jouuuuurs, travesti de vos nuihihiiiiits", une cuisine qui s'éclaire, s'échauffe et laisse flotter une chaleur simple, un film lui aussi parfait (pour nous aujourd'hui, toujours), des lâchetés balayées d'un éclat de voix puis de rire, des trucs qui se disent, des bidules qui se taisent, des "c'est beauuuu" avec des minis trémolos et des "oh non :" insurgés, tout.
Ce dimanche pascal ne ressemble à aucun autre.
Jouer le jeu, bien sûr. En suivant nos propres règles, si possible.
*Esmé Planchon
*Esmé Planchon
dimanche 27 mars 2016
#61 - Une bribe de 3:23
Il est tard,
Et même encore plus que
S. a posé des sardines en chocolat sur la table
On se mélange les conversations
Il est tard
Tard
Et même encore plus que
Parce qu'il y a eu les achats de dernières minute,
Le bar
à vin à quatre
à parler de philosophie, d'enseignement, de féminisme, de grève, de
a se parler, longuement
Il est tard et les mots s'échappent par les baillements
On fera mieux demain
vendredi 25 mars 2016
#60 - Bribes de sensations à la ville avalée par Pia
En dévalant les escaliers, les rues en pente douce, les allées, Pia entend chaque mouvement du tissu. Le sac lui revient contre la hanche, à intervalle régulier, ça fait un rythme sourd. Ploup Ploup Ploup. Ses chaussures noires ont été râpées par le sable. Elles font peu de bruit et donnent aux pas la légèreté, l’élasticité qui leur manque.
Dans les oreilles, il y a les White Stripes, puis Tiersen, Eminem, et enfin Nina Simone. Aléatoire et pourtant tout lui va comme la robe, celle à rayures. Elle sent la musique lui couler sur la nuque, entre les omoplates, et la rendre à la danse intime des jours. Il faut refréner les gestes qui se dessinent dans ses membres et qui se pressent contre la peau, de l'intérieur. Ils seraient justes mais incongrus : c'est une petite ville, on ne sait jamais qui on peut bien croiser.
Elle se sentirait presque jolie. Enfin, ce n'est pas le mot exact, mais ça s'en rapproche. Disons que Pia se sent évidemment là. Que ce qu'elle a aperçu dans la glace de l'entrée correspond à ce qui se file à tous les étages, à cette audace conquise un écheveau après l'autre et l'air arraché aux lourdeurs des derniers jours. Bouffées de joie inexplicables. Elle a l'impression si rare de se ressembler, dans ce qu'elle a de meilleur. Alors tant pis si c'est trompeur. Si l'aileron noir au dessus des yeux triche un peu. Ses yeux s'envolent un peu plus haut. Tant pis si personne d'autre ne le voit.
"Oh ! Que tu es jolie !" s'exclame C. en ouvrant la porte.
Vanité légère, presque vanillée. Sans oublier le mascara ni la mascarade.
jeudi 24 mars 2016
#59 - Une bribe de vanité
Depuis, il y a eu
les premiers pas à ployer
il y a eu les
nuits de copies de
cauchemars
sensations d’incompétence
dilemmes cornéliens et élèves ramenés dans le cartable
heures au téléphone avec les parents à demander de l'aide pour
surnager
il y a eu les conflits et les mots aiguisés plantés ici ou là
exclusions, excuses, colles et
il y a eu l'année des larmes
et un arrêt de trois semaines, pour arrêter de s'abîmer
et des moments à hurler, dans les poumons, la gorge, le ventre, la
classe pas
classe
cours, cours
toujours
se demander si vraiment,
et pourquoi
et comment
alors quand elle interpelle avec un sourire large, qu'elle raconte "Madame, les cris de joie dans la salle, quand ils ont dit..."
ça se rappelle tout ça
mais avec,
avec tous les autres éclats
de rire, de confiance
les tessons de verre finalement mis aux soleil, à chatoyer les côtes
ch'amarrer
On n'est pas arrivé
Non, sûr que non
Mais c'était bien de tenir
bon, et de découvrir ces justesses
là
(Et s'autoriser une minute de vanité)
mercredi 23 mars 2016
#58 - Une bribe d'immobilité
Parfois, il y a toutes ces couches d'immobilités, comme des enveloppes autour des organes, de la peau. Les fluides se figent un peu. Tout ralentit.
C'est l'image que je me fais de l'hibernation.
Certains jours, il faut longtemps pour les laisser glisser, une à une, pour que le sang cascade à nouveau plus vite, pour se lever. Faire ce qu'il y a à faire.
C'est l'image que je me fais de l'hibernation.
Certains jours, il faut longtemps pour les laisser glisser, une à une, pour que le sang cascade à nouveau plus vite, pour se lever. Faire ce qu'il y a à faire.
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