samedi 8 mai 2021

#189 - Une bribe de pissenlit

 Quand je me perds dans la contemplation des pissenlits qui envahissent notre pré, je vois le lapin décapiter une de leurs tiges, d'un coup de dent assuré, et la broyer consciencieusement jusqu'à ce que la fleur tombe, tout net, par terre. 

On devrait se plaire ici. 

# 188 - Une bribe de nouveauté

 En travaillant sur la terrasse, pour la première fois depuis que nous avons investi la maison, je réalise qu'un son nouveau s'ajoute à la palette du quotidien : le broutement enthousiaste et concentré des vaches voisines. 

# 187 - Une bribe de bouquet

Il rentre avec un sac de ciment, deux chaises longues, et pose sur la table un bouquet de couleurs. 
Je regarde en rosissant ces fleurs de nuancier.
Il faut croire qu'il me connaît. 

lundi 21 septembre 2020

Dans cet état

 En revenant hanter la salle des machines du blog. Je retombe sur cet article, dans les brouillons. Je me demande pourquoi je n'ai pas appuyé sur "Publier". Et puis je me rappelle que j'ai tout fermé à la hâte quand j'ai envoyé par erreur un message à des élèves avec l'adresse mail qui correspond à ici. Maintenant que tout est nouveau, l'établissement, les élèves, l'année scolaire, il n'y a plus de raison, vraiment, alors je vous laisse cetétatlà. 


"Pourquoi faut-il que tu te mettes dans cet état ?"
"Qu'est-ce qui te met dans cet état ?"

Et caetera. 

Cet état des choses, des lieux, cet état sans majuscule.
Sept états membres dans l'union de ce moi, cet état fédéral, ouverture ou repli, aux frontières de l'oubli. 
Cetétatlà. 
Comme un échalas en moins droit, un étale en plus las ou un été là-bas. 

Les mots me passent au travers. Il fait nuit encore une fois. La fatigue me saisit devant les innombrables travaux d'élèves qui surgissent dans les boites mails et quand je ferme tout, impossible d'aller dormir. Il y a encore de la musique dans le casque et le fourmillement au bout des doigts. 
Je suis dans cet état là. 
Celui qui me pousse à rester sur le clavier ou à reprendre un carnet, à rester dans le bureau. Celui qui me pousse à silencier les envies de sommeil. 
Curieux comme cetétatlà, qui parait être le plus sensible, le plus présent, le plus ancré me requiert et m'absente de tout (attention, ça ressemble beaucoup trop à absous de tant), me soustrait à la lourdeur du sommeil, à l'invitation moelleuse du lit. 
Cetétatlà, comme si tout ce qui vagabonde à l'intérieur était soudain dehors, plus fort, beaucoup plus fort que le corps au présent, que les bras amoureux, que la tiédeur du lit, que le souffle endormi, que le délassement tant attendu. 

Parfois j'ai peur de le perdre, cetétatlà, de me dissoudre dans le confort de la maison, de la raison. Parfois je le perds, je crois. C'est une des raisons (et j'entendais déraison) pour laquelle je n'écris plus beaucoup ici et là. J'égare plus souvent mes nuits dans le sommeil et je délaisse l'île à rhizome qui me tient lieu d'écriture. La douceur m'agrippe et s'en extraire est difficile.

N'y-a-t-il donc que la fatigue pour arriver à ce dépouillement nécessaire, au coeur des choses ? Que l'épuisement de toutes les autres ressources pour effeuiller enfin la peur et arriver là où il y a assez d'évidence pour que les mots se suivent et s'entraînent ? 
Ce soir je m'interroge sur cet état là. Celui qui tient mes yeux hibourrifés et mon sang en haleine, qui me tend vers la page. 

Pourquoi faut-il donc que je me mette dans cet état ? 

lundi 27 avril 2020

Incendie du jour : C'est pas loin d'ici

- Ces femmes,
Ils ont fait fuir
ont tué
ont assassiné
la femme qui chante
la femme qui célèbre
la femme qui existe
Ils ont rigolé de la grande blessure.
Connaissez-vous leur chef, le bourreau ?

-Oui, pourquoi ?

Incendie du jour : Matin

L'une sait
l'autre pas
combien ça peut être fort
les muscles des voyageurs.

Chanter, la première fois,
hésitante.

Après, les mots portaient le corps.

Aiguiser sa voix,
sa gorge,
planter la lame des mots dans le crâne.

Incendie du jour : Et si on reste encore une heure

Soeur nourrie à la honte
Ils ont brûlé les mots
détruit le chant clair
et les chemins des oiseaux
vont nous voir.

Il reste le jour.
On trouvera les maisons de ceux qui lisent
les augures
dans la lumière vive
et les livres
qui ont trouvé l'encre du levant.

Je te le jure.

Chante, soeur.

Incendie du jour : Est-ce que tu pleures ?

Géométrie du silence.

Le combat où tu m'entraînes recommence.
Je glisse dans la vie
tête la première :
j'ai appris à tomber.

Compter ne sert plus rien.
Je vais lire,
écrire
au coeur du polygone
gouffre de silence.

Incendie du jour - Vous n'avez pas vu une jeune fille ?

Le temps a flambé
comme l'enveloppe destinée à l'enfant fou
comme le mazout
et la ville électrique
la peau mathématique.

L'hiver est passé par la fenêtre,
puis sur le bord du puits
a raconté ses dernières volontés

Il se noie.

dimanche 9 février 2020

09.02.2020 Incendie du jour : Et si tu meurs, à quoi ça servira ?

18.

Les fleurs sauvages reviennent
dans sa main.

Elles faisaient un nuage
pour se protéger des représailles.

Les herbes arrêtent
la pluie
poussent au loin
vers nos chemins réfugiés
comme une promesse.

samedi 8 février 2020

08.02.2020 Incendie du jour : Si je pouvais reculer le temps, il serait dans mes bras

17.

Mémoire.
De fil en aiguille
on a brûlé un puits
détruit un ventre
pris un fleuve
sorti quelques jours du monde.

07.02.2020 Incendie du jour : Par où commencer ?

16.

Commencer par
de petits détails :

un regard tranchant
une guerre silencieuse
un pays de théâtre.

Comprendre cette journée-là.

06.02.2020 Incendie du jour : Allons voir

15.

Les lettres
croisent le silence. 

Vingt-neuf munitions 
sur une route. 

Orphelinat de mots. 

05.02.2020 Incendie du jour : Pourquoi tu ne dis rien ?

14. 

On te croit morte
C'est bien. 

Je peux partir,
devenir folle, 
respirer,
vivre maintenant. 

Je ne sais rien. 
Je veux comprendre le silence. 
Mon silence. 

mercredi 5 février 2020

04.02.2020 Incendie du jour : Alors j'oublierai

13.

Les yeux ravagés de la nuit
ne me disent rien.

La gorge transparente,
je dévore les mots chauffés à blanc,
j'oublie le livre opaque
qui habitait ton visage
et la terre blessée par ton nom.


mardi 4 février 2020

03.02.2020 Incendie du jour : J'ai pris le livre que j'avais dans la poche


12.

Je sais écrire
J'ai pris ton nom,
j'ai gravé ma promesse
j'ai ri
si fort que la tombe s'est pliée.

Le nom tourne,
sa route éclaire ma naissance.


02.02.2020 Incendie du jour : La voix résonne encore à mes oreilles


11. 

« Monsieur Ducharme,
   je suis venue.
- Que cherchez-vous ?
- Toujours le même silence.
- Je suis content que vous soyez venue.
  Je voulais vous faire danser dans ce silence 
   mais j'hésitais. 
   Aujourd'hui, c'est bien .

01.02.2020 Incendie du jour : Pourquoi vous faites tout ça ?


10. 

Devant le vide,
avoir posé un seau de pierre
de terre.

Seau d'autres.

Je ne sais pas si ça a du sens pour vous.
Pour moi, oui.

31.01.2020 Incendie du jour : Le visage tourné vers le ciel


9.

La colère s'arrache de mon ventre.
Je la grave dans la terre,
l'arme sur le fil,
la recueille dans un seau de nuit.


30.01.2020 Incendie du jour : Comme si j'avais mille ans


8. 

Le pas de l'hiver arrive.
La nuit se lève dans l'eau courante des ruisseaux.
Son ventre se tait.