mardi 12 mars 2019

#166 - Une bribe rouge

Mettre du rouge. 
Après le week-end trop court, les questions trop nombreuses, les nuits trop blanches. 
Du rouge. 
Après les doutes, les engluements, les cernes, les pertes et fracas, la fatigue, la peau grise.
Après l'ennui. 
Du rouge sur les épaules et sur les lèvres, du rouge aux joues - rien que du sang et du vent. 
Du rouge au coeur, encoreencoreencoreencoreencore. 
Du rouge dans ses mots qui taquinent. 
Du rouge pour s'accrocher à un relief sur le visage défait par l'hiver. Quitte à ce que ça boutonne, et bien que ça fleurisse. 
Juste sous la pluie et le soleil qui se courent après, minute après minute, un peu de rouge. 
Un peu de rouge ici. 

lundi 11 février 2019

#165 - Une bribe de réappropriation des territoires

A cet endroit là, juste là, ça se tait enfin.
Là, entre la cumbia, Cil et son large sourire, les lumières rouges. Là où ça se met à vibrer à nouveau, enfin, où ça cogne contre la rouille pour retrouver l'amplitude des mouvements. Hanches, épaules, buste. Faire des pieds et des mains, comme ça vient.
A cet endroit, ça se tait enfin, cette peur.
Ça reviendra peut-être demain,je n'y pense pas.
Juste là, n'être plus un lamantin.

#164 - Une bribe de bullshit

Ce matin là, dans la peau d'une étudiante, je fais semblant de prendre des notes. Le stylo vert gribouille "Bullshit", sur tout les tons. Il n'y a, après tout, rien d'autre à écrire. Juste l'encre qui déborde au fur et à mesure que le colère s'étoffe et que le nerf se consume comme un bâton d'encens. Tout pour s'occuper les mains, ronger la rage qui étreint et cracher la pulpe amère du dégoût quelque part, ailleurs que sur les gens. 

Autour, je sens que ça monte aussi. Nous sommes comme des bulles qui frémissent au bord de la casserole. Quelque chose s'agite de plus en plus nettement. Mais nous sommes finalement tous très polis face à la boue insipide qui nous coule sur les oreilles. Chacun encaisse, évite, réfléchit, s'éloigne. 

F. trace un grand beau motif de tâches. Je dessine des vagues pour ne pas en faire. 
Pour arrêter de m'en faire. 
Cette rhétorique en cravate, à la voix doucereuse me terrifie autant qu'elle me met hors de moi. S'accrocher au stylo, aux regards, et attendre que ça passe. 

Ca passera trop vite, de toutes façons. Restera l'abyme de questions et de rage, les jeux d'équilibristes pour ne pas s'y noyer. 

samedi 9 février 2019

#163 - Une bribe de philosophie

"Ouais mais s'tu veux, philosophiquement, Nietzsche c'est quand même au dessus de Baloo." 

Disent deux ados dans le couloir. 

Ca fait sourire. Je pense à la prépa, à Sils Maria. 
Au hashtag "au vol". 
Ca fait partir. Un peu plus légère. 

mardi 5 février 2019

#162 - Une bribe de lamentin

A cet instant surgit la sensation d'être un lamantin vêtu de brocart qui chercherait à se faire passer pour un oiseau de paradis. 
Pardi. 
T'est bête, bête, pardi. Redis-le, allez, ridicule, minuscule, c'est ça que tu te dis. Distraire, défaire le visage, défaire les lanières, et disparaître sous la couette, sous les eaux du parapluie. 

jeudi 24 janvier 2019

#161 - Une bribe de m'attente


"Connais-tu l'herbe amère, le liseron, la plante toute noire et très belle enroulée dans la gorge ?" chante Allain Leprest. Et ça roule comme des billes.

mardi 18 décembre 2018

#160 - Une bribe de coïncidence

Sortir du cours de swing surchauffé dans le froid, avec les frissons de la fatigue générale mais la oie hésitante qu'offre le sursis du swing. 
En allumant le contact, la voix de Laure Adler dit pile, poil, vraiment, juste, exactement : 

Gaston Miron 

Juste ça, là, sans que je sache pour qui pour quoi. Comme si ce n'était que pour moi. Que pour moi la voix de Babx et cette "Marche à l'amour" qui me retourne depuis des mois. 

Ce qu'on est égocentré parfois. 

Que pour moi, ce titre auteur arrivé  au moment précis du départ, avec cette justesse qui manque à mes jours, au milieu du chaos qui demeure et où les étoiles qui dansent peinent à naître certains jours. 

La précision chirurgicale de cette coïncidence découpe un peu le plexus, les côtes. Ca déboutonne le nombril, paradoxalement. Respirer, s'étendre, de tout son long, de tout son large. 

Clin d'oeil à cette nuit de tempête vers chez Verte, dans ces journées où l'on s'écrivait, et où le même morceau avait clôturé l'épopée sous la pluie. Tout aussi pile, poil, vraiment, juste, exactement.  

C'est pas grand chose, juste l'espace grand ouvert soudain par le battement du souffle et l'écarquillement d'une paupière.