mercredi 9 août 2017

#134 - Une bribe d'étoupe

Dans ces vacances, je profite de la joie de faire des détours. De ne pas suivre le plan de départ, de se surprendre et d'en surprendre d'autres. S'appeler au dernier moment, parce qu'on passe près ou presque. Partager une soirée sur la terrasse de la maison en travaux, pique-niquer à côté de l'église d'un village perdu, arriver dans la ruelle comme si c'était encore chez soi, prendre un repas le long de la route. 

En réalité, les détours sont parfois si larges qu'ils deviennent des étapes. Mais ça me va. Dans cet été où le moteur a longtemps été de fuir le foyer,  en tressant tous les doigts disponibles pour que l'air y soit à nouveau respirable à la rentrée, ces kilomètres sous le ciel bleu vers les aimés ajoutent à la joie. C'est un luxe, en tout cas le mien. 

Des détours, des étapes. Des étoupes de lin pour fixer les étincelles et embraser l'été. 

jeudi 8 juin 2017

#133 - Une bribe de plantes à pieds

Je plante des trucs, je pose des pieds en terre, je les pousse à pousser.
Je les rempote, tranquillement, et m'en sens plus agile.

Je plante des trucs, et c'est un peu mes pieds que j'enracine. Mes plantes que je repose à la ville.

#132 - Une bribe de sous-marin

Parfois, il y a comme un sonar au bout du nez. La tête dans le plexiglas fend les eaux troubles. Mais l'alliage en titane est éraflé, et le propulseur tout gêné. 
On vit du dessous, à travers l'eau et la vitre, recouvert de cette épaisseur superflue. L'air a cette odeur de renfermé. Il faut alors se laisser traverser les jour, casque aux oreilles, les mains collées aux copies et au clavier. 
En sous-marin. 
Jusqu'à retrouver le mode d'emploi : il suffit alors de remonter, de se dé-corseter d'ouvrir grand les yeux et les poumons, et de laisser venir les milliards de micro-sensations qui fourmillent et rappellent à la terre ferme. 

Ce qui change avec le temps, c'est qu'il y a maintenant toujours la certitude de retrouver l'air, à un moment ou à autre, et la conscience qu'il ne sert à rien de s'épuiser les poings contre la paroi ou les yeux à chercher un chemin. On retrouvera la route à l'instinct. 
On reviendra, un peu plus vivant à chaque fois. 

Semaines en sous-marin, mais je suis en route, je reviens. 

lundi 5 juin 2017

#131 - Une bribe de souris

L'Homonyme et moi, on est là, armées d'un balai, à ouvrir le placard, précautionneusement, à en retirer les boites et les bidons.

Dix ans plus tôt, la capuche rabattue sur le nez, je traversai la place en pleine nuit pour trouver I. empapillotée dans un drap et le balai à la main, à scruter le plafond. 

Cinq ans plus tard, il y avait un grand cri au sortir de la douche, et les jours suivants à remplir le vieil appartement de pièges et de poison avec Sandilla. 


Deux villes, quatre ou cinq vies d'écart. Des amies. Des souris (chauves, parfois) et des femmes.


samedi 3 juin 2017

#130 - Une bribe des derniers mois

Tout a filé, sous les doigts, comme une ligne emportée par un très gros poisson.

Je ne suis plus vraiment sûre que ce soit la vie qui ait battu son plein. Plutôt le quotidien qui m'a battue à plate couture. Mais je commence à voir la surface, et ma tête sort de l'eau, bientôt. 

samedi 15 avril 2017

#129 - Une bribe de bribes

J'ai plein de bribes logées dans le ventre, terrées sous le vernis écaillé à mes ongles, accrochées aux follicules pileux de mes cheveux. Des bribes agrippées à ma gorge irritée, affalées sur ma peau un peu plus bronzée.
J'ai des bribes qui attendent sous la langue et la pulpe des doigts. J'ai juste du mal à trouver le temps de les habiller avant de les laisser aller.

J'ai plein de bribes de jours et de nuits, ces dernières semaines,
J'ai du mal à trouver le temps,
et je me demande si ça veut dire que la vie bat
quelque part
son plein.

Légendes - 18 : Mures sauvages


On raconte que ce qu'elle trouve le plus difficile, dans le travail de reconstruction, c'est de chasser les feuilles et les mousses flanquées entre deux pierres descellées, c'est d'arracher les mauvaises-fois et les mures sauvages. Elle se demande si le prix de la solidité, c'est de renoncer aux herbes folles.